La Traversée des Pyrénées 2003
Perpignan – Hendaye
15 – 22 juillet 2003
Récit de Nico
Préambule : le Binet Vélo 2001 et la chasse aux cols
Chaque
année, le Binet Vélo (club cycliste de l’Ecole Polytechnique) organise un
« raid » cycliste qui consiste en la traversée d’un grand massif,
pendant une semaine, en empruntant les cols rendus mythiques par le passage du
Tour de France. Traditionnellement, il s’agit des Alpes ou des Pyrénées. Cette
année, le Binet Vélo 2001 (logo ci-contre), dont je suis le président, a
organisé ce raid à travers les Pyrénées, du 15 au 22 juillet. C’est à Bruno,
membre du binet et habitant le village de St-Féliu-d’Amont
à 15km à l’Ouest de Perpignan, que l’on doit l’organisation de cette traversée,
travail qui l’a occupé tout au long de l’année scolaire pour préparer les
étapes, le parcours, la logistique, etc. Les autres participants à ce raid
furent donc moi-même, un rouleur pas très habitué à grimper les cols (on me
surnomme le « grimpeur des plaines » !) ; Sylvain, qui lui,
au contraire, est dans les cols comme un poisson dans l’eau (il est membre de
longue date du Club des Cent Cols, avec, avant ce raid, environ 210 cols à son
actif) ; Alain, un petit jeune de la promo suivante, passionné de vélo,
qui appréhende néanmoins avant le départ, manquant quelque peu d’expérience et
d’entraînement ; et Teodor, alias Ted, qui est
un peu dans la même situation qu’Alain, sauf qu’en plus il débute dans la
pratique du vélo. Avec Bruno, cycliste pyrénéen expérimenté qui devrait passer
le cap des Cent Cols au cours de ce raid, cela fait donc 5 guerriers aventureux
de l’ère moderne prêts à se lancer dans cette aventure.
Notre état d’esprit au départ de ce raid est simple : on veut s’éclater à la pédale, et ramener un maximum de cols. En effet, nous avons pris goût à la « chasse aux cols », pratique introduite par le Club des Cent Cols notamment, qui vise à gravir le plus de cols à vélo, les plus de 2000m étant les rois. C’est en particulier dans le but d’entrer dans cette confrérie que nous avons cherché un parcours assez spécifique, en fonction du Chauvot, le catalogue « officiel » des cols en France. Mais avant tout, il ne faut pas oublier que cette traversée des Pyrénées constitue en premier lieu pour nous l’occasion de faire du vélo dans des paysages superbes, sur des routes célèbres rendues légendaires par le passage du Tour, et que nous partons donc pour nous faire vraiment plaisir. Ainsi, outre le défi physique, c’est le côté aventure/découverte/plaisir qui prime. D’ailleurs, c’est pour une raison de confort mais aussi de réserve quant à nos dispositions physiques que nous partons accompagnés d’une voiture (pour laquelle il faudra se relayer durant le trajet pour l’amener au pied des différents cols) ; cela permet en effet, pour l’un d’entre nous qui ne se sentirait pas bien dans une étape, de continuer en voiture.
Dans ce récit, je vais essayer de raconter cette traversée en donnant le plus de détails possible sur le côté sportif de l’aventure, mais aussi et surtout, pour mon premier récit de voyage à vélo, j’espère transmettre le côté magique de ce type de voyage, en faisant découvrir l’itinéraire fabuleux emprunté, et en donnant un maximum de détails sur sa réalisation, pour que vous aussi, lecteurs, puissiez vouloir à votre tour enfourcher votre vélo et partir pour un tel voyage (spéciale dédicace à Arnaud Decostre de Cyclosite qui m’a le premier insufflé cette passion pour les voyages à vélo).
REMARQUE : En fait ici quand je parle du parcours, du nombre de kilomètres, de temps, de dénivelé et de cols, je fais uniquement référence à mon propre parcours, car en réalité nous avons tous fait un parcours un peu différent, à cause des capacités physiques de chacun, des arrangements concernant la voiture, des envies en fonction des cols à gravir, etc. Donc toutes les données reportées ici ne concernent que moi, mais j'essaierai de décrire au mieux ce qu'ont réalisé mes compagnons de route. Les étapes (départ et arrivée), bien évidemment, sont les mêmes pour tous.
Mise en place
L’élaboration de ce voyage, principalement l’œuvre de Bruno, a duré toute l’année scolaire. Il a fallu prévoir l’itinéraire tout d’abord : calibrer les étapes et le dénivelé quotidien suivant nos capacités physiques, en laissant éventuellement le choix sur place pour quelques « bonus ». Ensuite, réserver les gîtes et campings. A ce sujet, il y a eu pendant longtemps un débat sur le choix entre ces deux modes de couchage ; pour contenter tout le monde, on a essayé de faire moitié-moitié (en fait il y aura 2 campings et 4 gîtes). Puis s’occuper de la logistique : nous avons fait le choix, comme nos prédécesseurs des binets vélos successifs, de faire le voyage avec une voiture suiveuse. Trouver cette voiture et organiser son transit ne fut pas chose facile. Merci Alain de nous avoir une fois de plus sauvés en fournissant ta voiture ! Et enfin les questions financières dont Bruno a encore dû s’acquitter pendant et après le raid. Pour tout cela, merci Bruno !
Entrons à présent dans le vif
du sujet…
1ère
étape : St Féliu d’Amont (66) – Quérigut
(09)
108.0 km - 5h08' - 3030 m de D+
6 cols (Auzines,
Roque Jalère, Jau, Garavel, Moulis, Carcanières)

Nous partons donc pour notre première étape le mardi matin, vers 8 heures, depuis la maison de Bruno. Forcément, vu qu'on part de "tout en bas", on va manger du dénivelé positif aujourd'hui. Pour ne pas commencer trop brutalement pour Alain et Ted qui appréhendent un peu, et pour quand même nous satisfaire moi et Sylvain qui avons soif de cols, nous décidons de nous séparer pour le début de l'étape : moi et Sylvain passerons par le col des Auzines (606 m) et le col de Roque Jalère (991 m) avant d'attaquer le plus difficile col de Jau (1506 m). De leur côté, Alain et Ted prendront la plaine jusqu'au pied du col de Jau, à Prades. Enfin, Bruno, qui a déjà gravi ces cols, prendra la voiture au début pour faire les courses, et la laissera au pied de Jau.

C'est le premier jour, on est frais,
on part doucement et tout se passe très bien. Le col des Auzines
est facile et se monte tranquillement sur le 42. Pour Roque Jalère,
le début est un peu raide et je mets pour la première fois le 30 dents. Puis, soudainement,
les 4 derniers km se révèlent presque plats, et je
finis peinard dans la roue de Sylvain, à l’abri du vent qui souffle en haut. On
en profite pour admirer le paysage offert par le col de Roque Jalère, qui est exactement ce type de "cols de
garrigue", propre à cette partie Est des Pyrénées, dont Bruno nous avait
parlé : sec, avec beaucoup de rocaille et seulement une discrète végétation
basse. Un peu triste je trouve ; heureusement le vert département de
l’Ariège approche ! Nous prenons ensuite la descente tranquillement, à 40-45 km/h à peine ; pas la
peine de se faire des frayeurs dès le début. Le temps de remplir les bidons
dans un petit village de ces Pyrénées Orientales que nous allons bientôt
quitter, et nous voilà au pied du col de Jau, à Moltig-les-Bains.

Jau : c'est le premier vrai col du voyage, j’entends par là assez long (environ 15 km d’ascension), avec certains passages difficiles. En fait, nous montons les deux premiers tiers à une allure modérée, ce n'est pas encore très raide. Nous rattrapons rapidement Ted qui souffre très tôt dans ce premier col. Presque à l'arrêt quand nous le dépassons, il finira l'ascension en voiture. Puis, à 4 kilomètres du sommet se présentent une série de lacets avec un pourcentage plus important. C'est à ce moment que Sylvain accélère. Je m'y attendais, il est sur son terrain. Le rythme augmente de plus en plus, je m'accroche. Mais ça devient dur. Je regarde le cardio : 175. Pour moi, c'est la zone rouge; et cela est beaucoup trop élevé pour un début de raid. Je lève le pied, je remets 2 dents, et je lance à Sylain : "A tout à l'heure !". On vient de dépasser Alain, qui peine un peu, mais qui parviendra en haut sans soucis.
A un kilomètre du col, je croise
Bruno qui redescend chercher la voiture ; il a fait une ascension sans
problème. Lorsque j'arrive en haut, il y a du brouillard, et il fait frais.
J'attends ensuite la voiture (avec Bruno qui conduit, et Ted qui a été
"pris en stop"), pour prendre la première photo de mon vélo au sommet
d'un col, et pour enfiler un habit un peu plus chaud.
On mange en haut du col. Nous y voyons passer des Anglais qui voyagent avec les sacoches sur le vélo. Nous en avons doublé quelques uns dans la montée. Nous leur souhaitons bon courage, et ils en auront besoin, puisque dans l'après-midi ils montent le Port de Pailhères afin de rejoindre Ax-les-Thermes dans la journée (ce que nous ferons le lendemain après un petit détour par Quérigut). Puis la redescente, direction le col du Garavel. C'est Bruno qui descend en tête, habitué à cette route. Nous faisons une petite incursion dans le département de l’Aude, avant de pénétrer en fin de journée dans l'Ariège, avec ses innombrables cours d'eau et ses paysages verdoyants et dépeuplés dont j'ai fait pour la première fois la connaissance l'année dernière du côté de Saint-Girons.
En haut du col de Jau, dans le
brouillard

Nous passons par Roquefort-de-Sault pour atteindre le col du Garavel (1256 m ; il est recensé dans le Chauvot sous le nom de « Garabeil »), assez court mais dans lequel je n'arrive plus à suivre Sylvain. Je tourne les jambes en le regardant s'éloigner en danseuse. Le soleil fait son apparition. Nouvelle photo d'un col.

Sylvain et les
vélos au col du Garavel, avec la première apparition
du soleil
Puis on passe par le col des Moulis (1099 m) dans la petite redescente, avant de quitter l’Aude pour gagner l’Ariège. Enfin, la dernière difficulté de la journée, le col de Carcanières (1207 m). Bruno nous le présente avec ces mots : "Vous voyez, sur la carte Michelin, ils ont mis 2 chevrons pour la montée de ce col, mais en fait je crois que c'est parce qu'ils n'avaient pas la place d'en mettre 3". Ah d'accord... (1 chevron = de 5% à 9% ; 2 chevrons = de 10% à 14% ; 3 chevrons = plus de 15%). Et effectivement, même s'il n'est long que de 3 kilomètres, ce dernier col de la journée est vraiment mortel. Pour la première fois du voyage, je dois m'arracher sur mon 30x23. Sylvain est plus à l'aise devant moi, tandis que Bruno se bat derrière. De leur coté, Ted et Alain ont contourné la difficulté pour rejoindre directement le camping de Quérigut, en empruntant juste la montée depuis Le Pla.
Nous nous retrouvons finalement tous au camping vers 16h. Nous pouvons nous reposer peinards au soleil, dans ce camping ariégeois vraiment très tranquille. Pour l'anecdote, la gérante du camping a accouché à Palaiseau, et connaît donc bien le lieu de nos études. On en profite aussi pour lire l'Equipe et prendre conaissance du tragique abandon de Joseba Beloki la veille dans l'étape de l'Izoard gagnée par Vino. J'en profite ici pour saluer le comportement du coureur espagnol, qui était vraiment en train de faire un gros truc.
Ensuite, ce n'est que montage de tente, cuisson des pâtes au réchaud, et sommeil bien mérité. Par chance, nous passons complètement au travers de l'orage annoncé, et restons bien au sec.

Le repos du
guerrier au camping de Quérigut (oh la belle Raidlight !)
2ème
étape : Quérigut (09) – Aunac (09)
137.1 km - 6h10' - 2880 m de D+
7 cols (Trabesses,
Pailhères, Port, Caougnous,
Péguère, Portel, Crouzette)

Pour débuter cette deuxième journée, au cours de laquelle nous allons traverser l’Ariège d’Est en Ouest, nous grimpons depuis Le Pla (juste en dessous du camping de Quérigut) le Port de Pailhères par le versant Est ; c'est, avec le Tourmalet, l'un des rares cols routiers à plus de 2000m des Pyrénées (d'ailleurs il est juste comme il faut puisqu'il se situe à 2001 m !). Je fais la montée devant puisque Sylvain a pris le temps de garer la voiture au pied. Bruno, Alain et Ted suivent dans cet ordre. Malgré le brouillard et la relative fraîcheur, l'ascension se passe bien et est plutôt agréable, régulière dans les 7-8%. Les premiers camping-cars sont déjà en place pour le passage du Tour, le samedi suivant (nous sommes le mercredi !). On peut même déjà lire l'inscription sur le sol : "Alors Jaja, c'est plus facile avec un moteur ?!". Sylvain, parti avec pas mal de minutes de retard, va tous nous remonter, et finalement me rejoindre juste dans les derniers hectomètres. C'est sympa, on finit l'ascension ensemble pour une fois. Puis il part rechercher la BX en bas. Cette fois, Ted arrivera en haut à vélo, ce qui fait donc son premier col du voyage.

Le col de Pailhères, où une commune voisine prépare déjà un stand
pour le passage du Tour
Le brouillard est toujours de la partie, et la descente n'est pas très sécurisante, d'autant plus que le haut se fait sur un mauvais revêtement, très bosselé, et le vélo se montre particulièrement instable. Puis on arrive sur un revêtement neuf et ça va mieux. C'est Alain qui a pris la voiture et qui part faire les courses pour le midi à Tarascon-sur-Ariège. Il y a 25 km de liaison par une nationale (du plat, ça nous change!) entre Ax-les-Thermes et Tarascon. Nous pique-niquons dans le tout début de la montée du col de Port, avant le village de Saura.


Puis c'est reparti. L'ascension du col de Port (1250 m) a été particulièrement amusante entre moi et Sylvain : il me lâche au train dans la première partie, un peu raide. Mais il ne prend pas beaucoup d'avance, et je l'ai toujours en point de mire, jamais à plus de 100 mètres. Puis tout d'un coup la route passe à des pourcentages de 4-5%. Là, moi le rouleur je suis avantagé, et je fonds à 26km/h sur Sylvain. Il reste 2 kilomètres, il y a du vent, je me cache dans sa roue. Sylvain, qui ne connaît pas l'altitude exacte de ce col, et qui grimpe à l'altimètre, le voit plus haut que ses 1250 m, et croit que ça va de nouveau remonter plus raide. Mais il n'en est rien, et on approche du col. Il pleuvote ; on a vent de face. Sylvain emmène un long relais en danseuse, moi je suis dans la roue, à l'abri. Puis vient un virage prononcé à gauche. Sylvain se rassied juste avant. Il n'y a pas de voiture, c'est le moment idéal : j'enlève une dent et je gicle à l'intérieur du virage. Le temps qu'il réagisse, je lui ai pris quelques mètres. Mais je suis dans le dur (170 au cardio). On aperçoit le col, qui est à peine à 400 mètres. Je sens que je faiblis. Je me retourne : merde, il est revenu. Et là c'est imparable, il me contre. C'est foutu, je passe le col 10 mètres derrière lui. On s'est vraiment bien marré.
Dans la descente du col de Port,
Sylvain et moi optons pour un parcours différent (dit « bonus », i.e.
plus long) que celui initialement prévu : on veut ramasser plus de cols !
Alors, au niveau du col des Caougnous (947 m), nous
prenons la route qui part à droite, direcion le col
de Péguère (1375 m). Le panneau en bas de ce col est
sans appel : longueur 3.6 km, pourcentage moyen
11.8%, pourcentage maximal 18%. Oula, ça va faire
très mal ! Et effectivement, c'est vraiment mortel, on s'arrache comme on peut
pour parvenir en haut. Mais on y parvient. Ca sent la fin de la journée.
Heureusement vient une longue descente où on ramasse deux autres cols (col de Portel, 1432 m, et col de la Crouzette,
1241 m), et nous arrivons au village de Biert. Mais
nous savons qu'il restera une remontée assez sévère jusqu'au gîte d'Aunac, dans le début de la montée du col de la Core. Sylvain ira donc seul chercher le col de Saraille (942 m), tandis que je prends directement la route
directe passant par Oust, puis Seix, au pied de la Core.

A partir de Seix, ça remonte ; mais je rate la bifurcation vers Aunac et je fais finalement 3 kilomètres d'ascension en trop, jusqu'à demander ma route dans un village. Je m'en veux, car je suis vraiment à bout de forces et ce rallongement inutile n'est pas le bienvenu. De plus, en redescendant ce que j'ai monté, je faillis mourir sur un tracteur qui roulait au ralenti en sens inverse en plein milieu de la route, dans un virage. Je m'en sors miraculeusement en roulant sur le bord quasi vertical de la bande de goudron, dans le fossé. Puis je trouve enfin le chemin défoncé et très raide qui monte à Aunac. Pour clore cette fin d'étape difficile, mon dérailleur avant s'est desserré et tourne sur lui-même. Heureusement j'ai toujours mon multi-outil sur moi. Enfin, grosse défaillance dans la dernière montée, et je dois prendre mon gel Overstim’s de secours. Ouf, j'arrive finalement au gîte ! Les autres suivront, et tout le monde arrivera finalement à bon port.

Notre habitation
au gîte d’Aunac, où Sylvain profite d’une douche bien
méritée
Ce premier gîte revêt une saveur particulière, avec son bungalow style cottage du fond des bois, la cheminée, les rochers dans le séjour, et surtout les accueillants lits douillets, très appréciables. C'est dans ces conditions qu'on peut relancer le débat sur le choix du camping (plus sympa, plus convivial, plus aventurier et autonome, et moins cher aussi) et celui du gîte d'étape (bien plus confortable, d'autant plus en cas d'intempéries, mais aussi plus cher et surtout moins dans l'esprit raid). Question en suspend...
3ème
étape : Aunac (09) – Gouaux de Larboust (31)
123.1 km - 5h58' - 3140 m de D+
5 cols (Core,
Portet d'Aspet, Menté, Lagues, Artigascou)

Vue depuis Aunac ; la brume et la fraîcheur
matinales
Dès le départ, Sylvain avait choisi
de prendre un parcours différent : peu intéressé par le col de la Core, il alla chercher le col de Catchaudègue
(893 m), plus court mais plus raide, depuis Seix,
avant de nous rattraper en voiture. Il fait encore frais et gris ce matin-là,
mais cela va se lever dans la journée.
Les 14 kilomètres d'ascension du col
de la Core (1395 m) se passent sans problème. C’est
quand même un col assez exigeant, classé en 1ère catégorie, et dans
lequel j’avais dû poser pied à terre à 3 kilomètres du sommet du versant Ouest
l’année précédente avec mon double plateau. Cette année, j’ai ma revanche, et
c’est avec plaisir que je prends enfin cette photo du sommet, même si elle est
un peu ratée. Ensuite, on redescend sur Castillon-en-Couserans,
avant de prendre la direction du col de Portet d'Aspet (1069 m), par le versant Est (le plus facile). De Audressein jusqu'au village de Saint-Lary,
c'est une succession de plat et de toute petites montées sur une quinzaine de
kilomètres : rien de bien méchant, on peut en profiter pour admirer le paysage
ariégeois que nous allons bientôt quitter pour gagner les Hautes-Pyrénées.
J'arrive à Saint-Lary en premier, suivi de Sylvain en
voiture qui a acheté à manger à Castillon. Bruno,
Alain et Ted arrivent ensemble une demi-heure plus tard. Nous déjeunons à Saint-Lary, ce tout petit village marquant le début de la
réelle ascension du col de Portet d'Aspet.
Le col de la Core, à peine caché par mon index gauche

Depuis Saint-Lary, il ne reste que 6 kilomètres jusqu'au col. D'abord 4 kilomètres pas trop difficiles, puis 2 kilomètres à 10%, au cours desquels nous entrons dans le département des Hautes-Pyrénées. Enfin, le sommet.

Je suis en haut de
ce fameux Portet d’Aspet
Je redescends tout de suite à Saint-Lary chercher la voiture ; c'est en effet à mon tour d'amener le véhicule jusqu'au pied du prochain col, le col de Menté (1349 m). A la limite, je ne suis pas réellement mécontent de faire la descente du versant Ouest du Portet d'Aspet en voiture. En effet, rappelons que cette descente est tristement célèbre pour avoir été le lieu de la mort du coureur cycliste Fabio Casartelli, dans le Tour 1995 (une étape gagnée par Virenque, le mardi de la 3ème semaine si je me rappelle bien). Il était coéquipier de Armstrong dans l'équipe Motorola, et c'était surtout un jeune coureur plein d'avenir, champion olympique ****. Il est mort dans cette horrible descente où les virages serrés et les passages à 17% se succèdent sans répit, bordés de ces blocs de pierre dont l'un causa la perte du coureur italien, à un endroit portant désormais une plaque dédiée à sa mémoire. Dans cette descente, que je fais donc en voiture, je retrouve Alain qui s'est arrêté devant la stèle érigée en mémoire de Fabio Casartelli, et qui semble méditer sur ce tragique destin de champion.

Le col de Menté, point d’orgue du parcours cycliste du duathlon du Val d’Aran
Je laisse la voiture au pied de Menté, dont l'ascension commence immédiatement en bas de la descente du Portet d'Aspet. C'est Ted qui prend la BX pour l'amener en haut du col, qu'il préfère zapper en raison d'un mal au genou. Cette montée me fut très agréable. La route est superbe. Le soleil qui fait pour la première fois une franche apparition berce enfin le paysage pyrénéen dans une lumière qui permet de profiter de toute sa beauté. Les derniers lacets de ce col sont vraiment un régal, d'autant plus qu'on aperçoit très nettement le passage du col depuis plusieurs kilomètres avant le sommet.
En haut, je suis déjà bien fatigué, mais je décide quand même d'accompagner Sylvain sur le début d'une "boucle bonus" où il comptait aller chercher le col du Portillon (Espagne) sur la frontière espagnole avant de revenir sur Luchon. Mais avant cela, nous partons chercher le col d'Artigascou (1345 m), non loin du col de Menté. Une petit remontée suffit, dans laquelle nous récupérons en plus le col de Lagues (1405 m), juste avant la station de Mourtis, mais la route est difficile à trouver. Nous atterrissons sur une route forestière en terre et cailloux. Nous ferons 2 kilomètres galériens avant de faire demi-tour. Finalement, en demandant notre chemin, on nous confirme que le col d'Artigascou était bien sur ce chemin. Contrat rempli, donc. Mais forcément cette excursion vététiste n'allait pas se faire sans frais : en repartant, je m'aperçois que je suis à plat à l'avant. Le temps de réparer et nous voilà tous les deux dans la descente du Menté. En bas, nous nous séparons donc : Sylvain part monter le Portillon, tandis que moi, plus à la peine sur cette fin d’étape, je prends tout de suite la route de Luchon, sur les traces de nos autres compagnons qui sont partis devant.

Il y a une vingtaine de kilomètres de liaison jusqu'à Luchon. Une question que je me pose encore est pourquoi est-ce que cette ville, présentée partout par les panneaux "Luchon", est repérée sur la carte par "Bagnères-de-Luchon" ? Je l'ignore encore, si quelqu'un a la réponse, je serais heureux de la connaître. Arrivé à cette ville schizophrène, il me reste encore la moitié de l'ascension du col de Peyresourde avant de pouvoir enfin profiter du confort du gîte d'étape ; en effet, Gouaux-de-Larboust se trouve en plein milieu de l'ascension de ce célèbre col de Haute-Garonne, situé sur la célèbre « Route des Cols » menant jusqu’au Tourmalet. Et cette fois le soleil tape vraiment, ça devient très dur d'autant plus que les jambes font mal, les 100 km journaliers ayant une nouvelle fois été largement dépassés. Mais je me bats, et ça grimpe. Je passe Ted qui peine énormément mais qui arrivera au gîte. Bruno, lui, déclare avoir une "fringale" dès le début de cette dernière ascension, et finira en voiture (il ne pourra donc pas accrocher le col de Peyresourde à son palmarès), tout comme Alain qui lui était cuit dès le sommet du Menté qu'il a atteint dans la douleur.
Les deux derniers kilomètres jusqu'au gîte sont bien raides et se font vraiment dans la douleur, mais j'arrive finalement au bout de cette étape, qui fut en somme assez difficile. Sylvain, qui reviendra victorieux de sa conquête du Portillon et de sa première excursion espagnole du voyage, aura une nouvelle fois ramené le plus de cols et de kilomètres sur la journée, même s’il s’est permis de zapper l’ascension de la Core et la liaison jusqu’à Saint-Lary. Mais le lendemain s'annonce encore plus dur, car, en plus de la série Peyresourde - Aspin - Tourmalet, Sylvain et moi avons repéré le Port de Gavarnie (2270 m) et envisageons de le grimper à la suite du Tourmalet. Pourrai-je tenir une entreprise aussi osée ?...

Magnifique vue
depuis Gouaux-de-Larboust, en début de soirée
4ème
étape : Gouaux de Larboust (31) – Villelongue (65)
109.6 km - 5h04' - 2795 m de D+
4 cols (Peyresourde,
Aspin, Beyrède, Tourmalet)

Sylvain et moi partons donc plus tôt que les autres en ce vendredi matin : à 7h15, nous mettons les voiles direction le "Géant des Pyrénées", le "Casseur de pattes", le Tourmalet quoi. Cette fois, il fait très beau dès le matin, et, à n'en pas douter, il va faire très chaud aujourd'hui. Nous ne regrettons pas la fraîcheur matinale donc. Sylvain et moi emportons chacun un petit sac à dos pour mettre des affaires utiles pour chacun, au cas où nous nous séparerions. C'est plus lourd, mais bon, on ne cherche pas à optimiser comme en course non plus. Après une petite redescente, on récupère la montée du col de Peyresourde (1569 m) ; il ne reste que 5.5 km d’ascension, qui passeront plutôt bien : on y va doucement pour commencer. Avec ce climat matinal sympathique, on profite bien des derniers lacets du col pour admirer le paysage ; c’est vraiment beau. Sur les derniers kilomètres sont déjà positionnés des camping-cars qui attendent le passage du Tour… 3 jours plus tard.
Après une assez longue descente, plutôt
rapide, au cours de laquelle nous pénétrons dans le département des
Hautes-Pyrénées, nous nous présentons au village d’Arreau, pied du col d’Aspin (1489 m). Celui-ci est réputé pour ne pas être très
dur ; pas très long, et avec un début facile, il s’avérera toutefois
difficile par endroits, avec des pourcentages tout à fait honorables. Sylvain
est déjà devant, à se tirer la bourre avec 2 autres cyclistes. Arrivés en haut,
nous avons l’occasion de faire une photo bien sympa avec nos amies les vaches,
qui occupent toute la route au passage du col.

Rencontre avec les
vaches au passage du col d’Aspin
Nous ne plongeons pas encore vers le pied du Tourmalet, car il y a un col à aller chercher pas très loin dans la descente de l’Aspin : le col de Beyrède (1417 m). En fait, après moins de 2 kilomètres de descente, on prend à droite une route forestière qui remonte sur quelques kilomètres. Il s’agit d’un vestige de route, avec des restes de bitume par endroit, et des trous et des cailloux ailleurs. Mais on évite la crevaison, ainsi que les vaches qui nous surprennent sur la fin du parcours, pour finalement arriver au col. Là, nous rencontrons un petit groupe de cyclistes qui font eux aussi la traversée des Pyrénées Est-Ouest, avec leurs femmes qui les suivent en faisant les liaisons en voiture. Ils sont montés à Beyrède par l’autre versant au lieu de prendre l’Aspin, et se dirigent maintenant également vers le Tourmalet. Vu l’état des routes, nous concluons tous que le meilleur itinéraire est de rejoindre la descente de l’Aspin par là d’où nous venons. Demi-tour donc, en évitant une fois encore la crevaison traître. Et cette fois on reprend la descente jusqu’en bas, accompagnés de nos nouveaux compagnons de route (bien plus âgés que nous mais qui semblent avoir bien la patate quand même, et qui sont tout aussi sympas et passionnés).

Sainte-Marie-de-Campan. Nous y sommes. « Seulement » 17 kilomètres d’ascension nous séparent du fameux col du Tourmalet (2115 m). Nous remplissons nos bidons, et je conclue avec Sylvain que je n’irai pas avec lui jusqu’au Port de Gavarnie ensuite : je m’estime trop juste, et le programme de l’étape est pour moi assez chargé comme cela. Sylvain ne m’attendra donc pas dans l’ascension, tandis que moi j’attendrai les autres en haut du Tourmalet avant de redescendre vers le gîte, situé près d’Argelès-Gazost. Allez, on se souhaite bonne chance et on y va. Il est 10h30 et le soleil commence à taper, mais heureusement pas encore trop fort (mais ce ne sera pas le cas pour Alain et Ted qui, 3h plus tard, vont cramer dans cette montée). Il y a beaucoup de cyclistes qui escaladent le Tourmalet en même temps que nous, et qui semblent venir de nombreux horizons (de nombreux étrangers ; italiens, espagnols et hollandais notamment). Nous ne sommes donc pas seuls à affronter cette pente cruelle. Mais même si ça fait en quelque sorte du bien de doubler d’autres cyclistes et de s’encourager mutuellement, c’est moins agréable de voir passer des fusées sur double-plateau alors que je lutte sur mon 30x23 ! A partir de 10 kilomètres avant le sommet, la pente est régulière dans les 9-10%, mais, comme un autre cycliste me l’avait annoncé en bas, c’est effectivement dans les paravalanches avant La Mongie que c’est le plus dur. Ca avoisine les 12-13%. A l’entrée de la station de La Mongie aussi c’est dur, à 4 kilomètres du sommet, ainsi que dans la traversée de cette ville d’où part le téléphérique pour le Pic du Midi. Je m’y arrête pour acheter mon déjeuner dans un magasin « 8 à Huit ». Le temps de me bricoler un sandwich et de le dévorer, et c’est reparti. Mais là ça va beaucoup mieux. J’ai peut-être un peu triché en m’arrêtant manger au milieu de l’ascension. Quoi qu’il en soit, les trois derniers kilomètres se passent tranquillement pour moi. J’ai le temps de bien voir arriver le sommet (qui est bien dégagé : pas de végétation haute, on est à plus de 2000m), et d’être impressionné par tous les camping-cars qui sont rangés en batterie dans des endroits aménagés pour eux sur le bord de la route, 3 jours avant le passage des Armstrong et autre Ullrich, Mayo, …, et le petit Chavanel qui passera en tête. Ca y est, j’aperçois le dernier virage. Et je suis en haut, en même temps que plein d’autres cyclistes, qui grimpent par les deux versants, et dont bon nombre s’arrêtent pour casser la croûte au bar-restaurant qui a le monopole du sommet pyrénéen. Il est midi passé de quelques minutes. Je ne vois pas Sylvain, il a déjà basculé depuis longtemps, en direction du Port de Gavarnie (ou Port Boucharo, on dit les deux apparemment ; il s’agit de 32 kilomètres de remontée en cul de sac, jusqu’à 2270 m d’altitude, d’où on domine le magnifique panorama du Cirque de Gavarnie ; je réserve cette destination pour mon prochain voyage pyrénéen, où il faudra également que j’accroche à mon tableau de chasse le Portillon, le Pourtalet, le Somport, et plein d’autres encore…). Mais pour l’instant j’ai trois heures à passer en haut de ce col mythique.

A 2115 m, le col
du Tourmalet et la statue qui lui est dédiée, le « Géant du
Tourmalet »
Après la photo qui s’impose de la plaque du col avec la statue du « Géant du Tourmalet », je joue les touristes. J’en profite pour lire la plaque posée sous la statue. On y apprend que cette statue en métal est la réplique d’une des 9 statues exposées sur une aire de repos de l’autoroute A64 représentant des figures emblématiques du Tour de France. Celle-ci, en l’occurrence, est dédiée au géant pyrénéen, escaladé pour la première fois en 1910, lorsque le Tour comporta pour la première fois de la haute montagne. Hommage est rendu à Octave Lapize, premier coureur à passer en tête au col du Tourmalet, lors de l’étape Luchon-Bayonne, qui, de mémoire, faisait quelque chose comme 370 km et qu’il a remportée en 14h10. Chapeau bas ! Et une pensée pour ces « forçats de la route » qui ont bravé ces difficultés avec leur matériel préhistorique. On peut réellement parler d’exploits.
Continuant sur ma lancée touristico-culturelle, je prends des photos de la splendide vue que l’on a depuis le col, des deux versants. Puis je m’étale une bonne couche de crème solaire avant de me poser sur l’herbe et de bronzer pendant 3 heures, en regardant passer tous les autres cyclistes arrivant à leur tour à bout de la haute montagne.

Vue du versant
Ouest du col du Tourmalet

Vue du versant Est
du col du Tourmalet, où on aperçoit la station de la Mongie
Je pensais voir arriver Bruno, Alain et Ted en vélo, et leur rendre service en redescendant chercher la voiture là où ils l’auraient laissée. Mais quelle n’est pas ma surprise de voir arriver Bruno en voiture au sommet vers 15h15 ! En effet, il me raconte l’histoire plutôt grotesque qui lui est arrivé ; je vous passerai les détails qui l’ont amené dans cette situation, mais en gros il en est arrivé à rouler sur sa roue arrière de vélo avec la voiture ! Promis, je n’invente rien. Résultat : l’axe de la roue est tordu, et il lui faut trouver un vélociste dans une ville proche pour pouvoir réparer. Il part donc direction Luz-Saint-Sauveur pour trouver du secours. Alain, puis Ted, arrivent à leur tour en haut, mais à vélo. Bravo les gars, vous l’avez vaincu ce Tourmalet (au passage, dans le patois local, je crois que « Tourmalet » signifie « mauvais tournant » ou quelque chose dans le genre ; pas très engageant…). Il ne nous reste alors plus qu’à redescendre vers le gîte de Villelongue, juste avant Argelès-Gazost.
Sylvain arrivera quelques temps après moi, tout content, avec 170 bornes au compteur, et deux cols à plus de 2000m en plus (il y a le col de Tentes, 2215 m, juste avant le Gavarnie, sur la même route). Ce soir-là, on est bien tranquilles, puisqu’on profite d’un logement en demi-pension. C’est donc le seul soir de la semaine sans pâtes, mais avec un plat de brochettes-courgettes à la place. Très bon en tout cas.
5ème
étape : Villelongue (65) – Bedous (64)
120.3 km - 5h32' - 2650 m de D+
6 cols (Bordères,
Soulor, Aubisque, Porteigt,
Marie Blanque, Ichère)

Au départ de Villelongue, où la tenancière du gîte a aimablement accepté de se lever plus tôt afin de nous préparer le petit-déjeuner à une heure précoce, nous traversons la ville d’Argelès-Gazost, puis vient une route qui, même s’il ne s’agit pas à réellement parler de l’ascension du col du Soulor, constitue néanmoins la première montée du jour. Seul Sylvain n’emprunte pas cette route à vélo, puisqu’il s’est chargé de prendre la voiture pour aller faire les courses. On se rejoint lui et moi et Arrens-Marsous, petit village au pied du duo Soulor-Aubisque, mais aussi d’un autre col, le col des Bordères (1156 m). Evidemment, nous nous acquittons des quelques kilomètres de montée pour aller chercher ce col en compagnie de Bruno, avant de redescendre par le même chemin.

Puis nous voici dans l’ascension du col du Soulor (1474 m). Du genre qui se mérite, cette montée offre des passages assez difficiles, mais c’est une montée néanmoins plutôt agréable en ce matin ensoleillé, que de nombreux autres cyclistes empruntent également. Depuis le col de Soulor, il n’y a qu’une petite redescente d’une centaine de mètres de dénivelé, au cours de laquelle nous arrivons enfin dans le département des Pyrénées-Atlantiques (nous voici quasiment dans le Pays Basque ! Ca sent la mer tout ça…), puis c’est une fin d’ascension vers le col d’Aubisque (1709 m). En fait, c’est un des endroits les plus magnifiques de l’étape : on roule quelques kilomètres sur une ligne de niveau à flanc de montagne, avec un superbe panorama sur notre droite, nous révélant le massif alentour et la vallée lointaine. Puis ça remonte plus durement sur 3 kilomètres, pendant lesquels on voit se profiler le passage du col au milieu de ces splendides montagnes. Et nous voici au col d’Aubisque, lui aussi une figure emblématique de la Route des Cols Pyrénéens.

Je suis en haut de
l’Aubisque

Splendide vue
depuis le col d’Aubisque ; au fond à droite, le col du Soulor
Depuis le col d’Aubisque, il y a une longue descente menant dans la vallée à la ville de Laruns (en bas, on laisse sur notre gauche une grosse route menant à l’Espagne par le col du Pourtalet, 1794 m). C’est durant ces kilomètres qu’on s’aperçoit que l’autre versant de ce col, le versant Ouest donc, est carrément plus difficile que le versant Est que nous avons emprunté. Un coup d’œil sur l’Altigraph confirmera ensuite cette impression : la traversée Ouest-Est ne s’annonce donc pas être une partie de plaisir dans ce secteur ! Nous déjeunons à Laruns, avant de reprendre la route pour une dizaine de kilomètres de liaison jusqu’à Bielle, pied du col de Marie Blanque (1035 m).

Entre Laruns et Bielle, avec Sylvain nous repérons un groupe de cyclistes quelques hectomètres devant nous. Il y a du vent de face. Notre instinct de jeunes coureurs qui en veulent reprend le dessus sur notre gestion du raid, et nous nous mettons subitement à nous relayer à fond, nez dans le guidon, pour les rattraper. Ca nous éclate bien, et en plus, une fois rentrés sur le groupe, on rejoint Bielle peinards dans les roues, à l’abri du vent pour récupérer. Et nous voici au pied du col de Marie Blanque. Ce col est apparemment sans prétention par ce versant, d’après l’Altigraph. En réalité, c’est vraiment le cagnard à cette heure de la journée (pas loin des 14h) et ça rend les choses moins faciles. Le début est raide et Sylvain me lâche. Je bois aussi souvent que possible, et je m’en veux d’avoir oublié de me mettre de la crème solaire. Ca tape vraiment fort. Puis il y a un replat, où on passe le col du Porteigt (875 m), à quelques kilomètres du « vrai » col de Marie Blanque. Durant ce replat, je roule bien et je reviens sur Sylvain avant de le déposer. Mais voilà ensuite un nouveau kilomètre à 9% ! Heureusement, les 3 derniers kilomètres redeviennent tout gentils à 2-3%, et j’arrive le premier en haut (pour le fun). Mais c’est dans la descente, faite constamment sur les freins tellement on prenait de vitesse, qu’on s’aperçoit, une nouvelle fois, que le versant Ouest de ce col est vraiment très difficile ; le panneau de description de l’ascension placé au pied à Escot confirmera nos impressions : les kilomètres à 10, 11 voire 13% se succèdent, nous rappelant que le lendemain nous devions escalader le col de Bagargui en fin d’étape, dont nous avions beaucoup entendu parler et qui semblait tout à fait du même acabit. Pendant que nous nous ravitaillons en eau dans ce village, nous voyons passer un groupe de cyclistes britanniques que se lancent dans cette terrible ascension, toujours sous un soleil de plomb. Nous ne pouvons que leur dire « Good luck ! ».
Avant de rejoindre le camping de Bedous, Sylvain et moi passons chercher le col d’Ichère (674 m), qui est quasiment sur notre route. Il faut prendre en aller-retour une montée de 4 kilomètres, mais quels kilomètres ! En effet, pour une fin d’étape où je commençais à bien souffrir, cette pente vraiment raide va complètement m’achever. Mais bon, c’est le 6ème col de la journée qui est en haut ! Enfin, le camping municipal de Bedous, calme et paisible camping des Pyrénées-Atlantiques, apporte le réconfort d’un repos bien mérité. Juste le temps d’écrire des cartes postales, et me voici plongé dans une sieste bien tranquille… où je pense aux nombreux cols du lendemain !
6ème
étape : Bedous (64) – St Jean Pied de Port (64)
148.7 km - 7h56' - 3710 m de D+
17
cols (Houratate, Bouesou, Labays, Guillers, Soudet, Pierre St Martin, Eraice
[ESP], Lazar [ESP], Larrau,
Erroymendi, Orgambidesca, Bagargui, Heguichouria, Sourzay, Irau, Asqueta, Arthe)

Nous sommes dimanche, c’est l’avant-dernière étape de notre voyage. L’étape reine en ce qui concerne mon parcours, aussi bien grâce au nombre de cols et de kilomètres parcourus, qu’en raison du paysage rencontré et de mon premier contact avec l’Espagne. En effet, alors que Bruno avait prévu de passer par le col de Soudet avant de replonger tout de suite direction Larrau puis le Bagargui (comme le fera l’étape du Tour de France le mercredi suivant, menée héroïquement par un formidable Tyler Hamilton ; cette étape Pau-Bayonne fut d’ailleurs aussi le mercredi précédent le théâtre de la cyclo de l’Etape du Tour, où de nombreux cyclistes amateurs se sont eux aussi frottés aux cruelles pentes du néanmoins magnifique Pays Basque), Sylvain avait repéré un parcours bien pêchu mais vraiment somptueux à faire en s’aventurant en Espagne par le col de la Pierre St Martin. Sitôt dit sitôt fait, nous voici tous les deux partis seuls devant, tôt le matin, pour se frotter à ces routes basques.
Mais
ça commence très méchamment. J’ai vraiment du mal dès le début, avec des cols
bien difficiles (le col de Houratate, 1009m, petite
descente puis remontée sur le col de Bouesou, 1009m,
puis le encore plus difficile col de Labays, 1351m, et
ensuite on rejoint la route de l’Etape du Tour pour passer par le Pas de Guillers, 1436m), cols qui empruntent des routes étroites,
en mauvais état, mais surtout très raides, et offrant une ascension difficile
et sans relâche. On a déjà pris plus de 1000 m de dénivelé positif dans les
dents avant d’arriver au col de Soudet (1540 m), mais
heureusement nous sommes récompensés par une magnifique vision d’un paysage
dominant les nuages :

Le col de Soudet, au-dessus des nuages
Laissant sur la droite la route qui redescend sur le col de Suscousse (1216 m), nous continuons encore à monter pour atteindre, quelques kilomètres plus loin, le col de la Pierre Saint Martin (1760 m). Ces derniers kilomètres de montée sont vraiment splendides, avec une vue extraordinaire des sommets alentour se détachant sur un ciel bleu de toute beauté, au-dessus des nuages. Et le panorama offert au passage du col, qui marque d’ailleurs la frontière avec l’Espagne, est encore plus beau ; on remarque par ailleurs que les nuages, bien présents du côtés français, sont absents du ciel espagnol. Vraiment, ce pays semble m’accueillir de façon grandiose ; c’est la première fois que je vais en Espagne ! C’est précisément l’occasion pour Sylvain, qui apprend l’Espagnol depuis un an, de m’enseigner les rudiments de cette langue. J’apprends notamment avec surprise que « Bonjour » en Espagnol ne se dit pas « Buongiorno », mais « Buenos Dias ». Mais Sylvain me conseille de toute façon de dire « Holla ! ». Après avoir intégré les « No ablo espanol » et autres « per favor, agua, soi frances, … », je me sens fin prêt pour affronter ce pays inconnu.
Nous empruntons une longue descente qui, après avoir passé le Portillo de Eraice (1578 m), nous emmène dans la vallée espagnole, route qui sur la fin longe une rivière sur plusieurs kilomètres, avant d’arriver dans le village espagnol d’Isaba, dont voici un cliché qui se veut refléter la paisible atmosphère qui règne en ce bourg ce dimanche matin :

Le petit village
espagnol d’Isaba
Je garde un souvenir impérissable d’Isaba, puisque c’est dans ce village que j’ai eu mon premier contact avec la population espagnole. En effet, alors que Sylvain était allé remplir nos bidons dans un bar-restaurant (« restaurante » devrais-je dire), deux retraités locaux viennent me voir et commencent à me parler dans la langue d’Indurain. Je ne comprends rien. Puis, avec des signes en tout genre, je comprends qu’ils veulent savoir le « maximo » de mon cardio dans les côtes (ils ont repéré l’énorme montre multifonction de Sylvain sur son cintre). Je leur dessine « 180 » dans la poussière et ils sont contents. Promis, avant de revenir en Espagne je bouquinerai « Apprendre l’espagnol en 7 leçons ». En attendant, la traversée d’Isaba est très pittoresque, avec ces gens qui parlent vite et une couleur locale qui me fait penser au début d’un épisode de Zorro en noir et blanc (même si on n’est pas au Mexique).
Bon, quoi qu’il en soit nous voilà repartis vers le Nord et notre chère patrie, sur la route de l’Alto Lazar (1129 m). Dites, M. Chauvot est-ce qu’il compte comme un col celui-là ? Avec Sylvain on n’a pas réussi à se décider ; je tenterai quand même le coup sur ma liste pour les Cent Cols. La route qui mène à cet Alto n’est pas très aiguë, et on passe sans problème. Par contre c’est une autre histoire avec le col qui suit : le Port de Larrau (1573 m). Celui-là, il est costaud : 11 km d’ascension régulière. Mais en haut c’est très joli, un peu le même panorama grandiose que précédemment à la Pierre St Martin. Par contre il y souffle un vent phénoménal dès qu’on a passé le col d’Erroymendi (1362 m). On est scotchés au bitume. Heureusement, c’est la descente, même si sur le début il y a encore quelques coups de cul à remonter. Enfin, nous voilà revenus en France.

Dans la descente du Port de Larrau, on se dit qu’une fois encore on a pris le bon versant, parce que vraiment ça descend très raide. Nous n’arrivons pas couverts de carbone de frein à Larrau, mais presque. Larrau, c’est au pied du… Bagargui ! Ce monstre situé à 1327m d’altitude, dont j’entends parler depuis le triathlon de Brive où le speaker avait annoncé, 3 semaines plus tôt : « Vous verrez, les gars du Tour, ils se feront pousser par les spectateurs pour passer ce col !! ». Et ensuite tous ceux qui avaient fait l’Etape de Tour le mercredi précédent et que nous avons croisés avant nous ont dit la même chose. Bref, avec déjà 103 km au compteur et bien plus de 2000 m de D+, je me dis que je vais bien en baver. Ce qui fut… tout à fait exact. C’était vraiment l’horreur : la pente de fou, annoncée d’abord à 11.5% sur 1 km par un panneau au bout de 3km, puis 12%, et enfin 13% et 11.5%, qui m’ont achevé, avant le libératoire dernier km à 7.5% (et merci aux gens des camping-cars qui m’ont applaudi en haut). Il est vrai qu’à 2 bornes du sommet, c’est limite si je ne pleurais pas de détresse sur mon vélo, à zigzaguer agoniquement à 7 km/h sur cette rampe de la NASA. Ce qui me tue c’est que le mercredi suivant, les pros du Tour avec Hamilton en vedette et les autres Euskaltel en suiveurs, ils sont passés comme des avions, d’après ce que j’ai pu en voir à la télé ! Mais bon, j’arrive en haut en vie, et je prends un pied gigantesque à photographier le panneau du sommet. En plus les Pyrénées Atlantiques me félicitent (sic) !

Le panneau du col
de Bagargui, la délivrance
(il manque le U sur les panneaux !)
En haut, nous appelons Bruno, qui est en fait à 3 km derrière nous dans l’ascension du Bagargui, en train de lutter à son tour, tout comme Alain. Ted monte en voiture. Puis c’est une descente riche en cols qui s’annonce. En effet, alors que nous avions au départ prévu de faire comme le Tour, c’est-à-dire de repartir par le col de Burdincurutcheta (1135 m), on s’aperçoit en étudiant l’Altigraph de ce merveilleux Pays Basque, que la D301 rejoint St-Jean-Pied-de-Port par une multitude de cols (5 en tout). En plus, cela s’avérera être une splendide route empruntant pendant un certain temps la ligne de crête, avec un paysage vraiment, vraiment somptueux. Le seul hic, c’est que quand même des cols ça se mérite, et en réalité il ne s’agit pas exactement d’une descente continue, puisqu’il y a quand même des remontées à 9% sur 2-3 kilomètres par endroits ; ce qui finit de me rendre complètement HS après cette journée difficile, un peu comme un appareil photo jetable dont on vient de sortir la pellicule. Mais avant de « plonger » sur St Jean (on peut vraiment parler de plongeon, vu la descente, il faut vraiment que vous voyiez ça ; en plus après avoir été sur la crête un moment à lorgner sur la vallée, on a tellement envie d’y aller que ça fait vraiment départ de bobsleigh tant on se lâche), il s’est passé un truc marrant mais en fait pas marrant du tout sur le moment : Bruno, qui roulait avec nous, s’aperçoit, après avoir descendu le Bagargui et remonté quelques cols, qu’il a sur lui les clés de la voiture. Or, c’est Ted qu’on a laissé en haut du Bargargui avec pour mission de ramener la voiture !! Bruno découvrira les joies du stop après avoir planqué son vélo dans les buissons en bas du Bagargui, avant d’atteindre la BX immobilisée, et de rentrer en voiture avec Ted.
Sylvain et moi arrivons donc les premiers à St-Jean-Pied-de-Port, puisque Alain avait pris le temps d’aller chercher le Burdincurutcheta depuis le Bargargui. Avant d’arriver à cette ville éponyme du Saint vedette de cette région, nous profitons pleinement des routes du Pays Basque, avec ses paturages, ses vignobles, ses panneaux indicateurs en double langue, etc. Puis nous arrivons à notre ville-étape. Le problème, c’est que c’est aussi la ville-étape de milliers de pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle. En effet, il semble que Saint-Jean-Pied-de-Port soit une étape clé de ce pèlerinage, et c’est la raison pour laquelle il existe plus de 300 gîtes d’étape dans cette ville, d’après les autorités locales. De plus, tout dans le centre-ville piétonnier et dans ses alentours évoque la marche religieuse vers ce but espagnol. C’est donc un esprit particulier qui règne dans le secteur, et que je découvre avec joie. Ajouter également à cela que nous tombions en plein dans la période des fêtes basque de juillet, et nous avons eu un mal fou à trouver notre gîte, nommé « Sous le Chemin des Etoiles », et que personne ne connaissait. Il était planqué dans une rue piétonnière du centre-ville. En revanche, il fut tout à fait à notre convenance, et le gérant, un ancien curé semble-t-il, fut extrêmement sympathique.
Le soir, dernier soir de notre périple avant l’arrivée sur la côte le lendemain puis le retour vers Paris, nous nous devions de marquer le coup, après être venu à bout de quasiment toutes les difficultés du voyage. C’est pourquoi, en tant que président du binet, j’offris le restaurant à mes camarades. Ce fut délicieux, avec une piperade au jambon accompagnée d’un rosé local, entre autres, et un gâteau basque en dessert pour rester dans les spécialités du pays. Grand souvenir pour tous les 5, ce dîner qui fêtait le terme d’une aventure vraiment réussie.
7ème
étape : St Jean Pied de Port
(64) – Hendaye (64)
58.0 km - 2h35' - 1120 m de D+
3 cols (Ispéguy,
Otxondo [ESP], Ibardin)


C’est donc le regard tourné vers l’océan, mais avec un sentiment d’achèvement imminent, que nous partons ce lundi matin pour cette 7ème et ultime étape. Mais heureusement il restait encore quelques cols à franchir ! Après 10 km de plat jusqu’à Saint-Etienne-de-Baïgorry, nous montons le col d’Ispéguy (672 m), vraiment très facile, et dont le sommet marque la frontière espagnole. Nouveau passage en Espagne, donc. Celui-ci sera bref, puisque une fois dans la vallée nous remontons tout de suite par le Puerto de Otxondo (602 m) pour rejoindre la frontière française.
Cependant, vu que c’est moi qui avait le moins conduis la voiture durant cette traversée, et que cette dernière étape est facile pour tout le monde, je me propose de m’occuper de la voiture pendant que les autres rejoindront l’Océan à vélo. Au Puerto de Otxondo, je redescends donc la chercher, puis je rejoins le pied du col d’Ibardin (317 m) en voiture (ça fait beaucoup de kilomètres en voiture, d’où peu au compteur de mon vélo).

L’Ibardin est donc mon dernier col. C’est marrant, pour Arnaud de Cyclosite qui a fait la traversée dans l’autre sens l’année précédente, c’était son premier. Il ne fait pas beau et il pleut. Je crains de ne pas pouvoir apercevoir l’Océan, vision dont je rêve depuis si longtemps. Heureusement, dans la descente de ce dernier col, la rencontre visuelle se produit. J’avais pris soin de garder une photo pour cette vue de la mer, la voici, mais si vous arrivez à voir l’Atlantique dessus vous êtes très forts. Mais croyez moi, il est bien là-bas au fond :

Photo prise depuis
la descente de l’Ibardin ; là-bas au fond, l’Atlantique,
et la fin du voyage
Puis je rejoins Hendaye en voiture, où j’y retrouve mes compagnons devant la gare SNCF. Sylvain et Ted rentrent en train, tandis que moi, Bruno et Alain allons user la BX sur l’autoroute, en essayant de choper des bribes de commentaires de l’étape de Luz-Ardiden du côté de Bordeaux. Bravo Armstrong et les autres, au fait ! Pour nous, l’aventure pyrénéenne 2003 est terminée, et on pense déjà à la traversée des Alpes pour l’année prochaine. En tout cas, c’est vraiment un excellent souvenir. Que dis-je, un extraordinairement fort souvenir de voyage à vélo avec mes potes ! Et le top, c’est que ce n’est que le début, héhé…

L’activité
débordante et enivrante (n’est-ce pas Alain) d’une aire d’autoroute ;
rassurez-vous,
c’est moi qui conduisais, et je n’ai bu que du Yop
by Nico